Histoire de l'orthographe française
L'histoire de l'orthographe française s'étend sur un millénaire. Elle explique pourquoi le français s'écrit si différemment de sa prononciation.
XIe-XIIe siècles : une écriture assez phonétique
Les premiers manuscrits en langue d'oïl montrent déjà une certaine cohérence. L'écriture est alors assez proche de la prononciation :
- les consonnes finales se prononcent ;
- il y a peu de lettres muettes et de lettres doubles ;
- le son [ɲ] s'écrit ign (gaaignier, « gagner ») ;
- la terminaison -us est souvent abrégée en -x, ce qui explique certains pluriels en -x (chevaux).
XIIIe-XVe siècles : l'écriture des clercs
Avec le passage de l'ancien au moyen français, la prononciation évolue rapidement, mais l'écriture ne suit pas. Les scribes et praticiens du droit ajoutent des lettres étymologiques inspirées du latin, pour distinguer les homonymes et « ennoblir » la langue : le g de doigt (digitus), le p de temps (tempus), le d de poids (par erreur : le mot vient de pensum, non de pondus). Apparaissent aussi le point sur le i, le s long et la lettre j.
XVIe siècle : réformateurs et étymologistes
- 1539 : l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose le français dans les actes juridiques et administratifs, ce qui favorise l'unification de l'écrit.
- Des imprimeurs et des écrivains (Louis Meigret, Ronsard) proposent une orthographe plus proche de la prononciation : introduction des accents, suppression des lettres « grecques » (ph, th).
- Pierre de La Ramée (Ramus, 1562) propose de distinguer u et v, i et j, ainsi que e, é et è.
- Le Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne (1539, rééd. 1549) consacre au contraire une orthographe étymologique et archaïsante.
XVIIe siècle : l'Académie française
Créée en 1635 par Richelieu, l'Académie française choisit pour la première édition de son Dictionnaire (1694) l'« ancienne orthographe », celle des gens de lettres et des greffes, plutôt qu'une écriture phonétique.
XVIIIe siècle : les grandes modernisations
- 1718 : le Dictionnaire sépare les lettres i / j et u / v dans son classement.
- 1740 : environ un tiers des mots changent d'orthographe ; les accents remplacent de nombreuses lettres muettes (escrire → écrire, throne → trône, fiebvre → fièvre).
XIXe siècle : la fixation
- 1835 : la sixième édition du Dictionnaire adopte ai au lieu de oi pour le son [ɛ] (françois → français, j'étois → j'étais), réforme défendue par Voltaire un siècle plus tôt, et rétablit le t des pluriels du type enfans → enfants.
- L'école publique fait de l'orthographe une matière centrale. Le brevet et les examens se jouent en partie sur la dictée, ce qui fige la norme.
XXe-XXIe siècles
Tolérances (1901, 1976), projets de réforme (Faguet, Hanse, Thimonnier) puis rectifications orthographiques de 1990. La neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie a été achevée en 2024. Voir Réformes de l'orthographe.
✍️ Recherches et rédaction : My French
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